Oxfam international a lancé fin juin un rapport intitulé Derrière le code barre : des inégalités en chaîne, sur les pratiques de la grande distribution en Europe. Il montre en quoi les pratiques des grandes centrales d’achat, y compris de grands noms français comme Carrefour et le groupe Casino, ne favorisent pas la bonne santé économique d’une partie des petits producteurs qui les approvisionnent, voire accentuent leur pauvreté, renforçant ainsi les inégalités mondiales.

En prenant plusieurs exemples parmi des produits de consommation les plus courants, l’ONG rappelle que le pouvoir - et les marges - des centrales de grande distribution continuent d’augmenter, tandis que la part revenant aux producteurs réduit comme peau de chagrin.

Par exemple les crevettes produites au Vietnam que l’on trouver en rayon des supermarchés Carrefour pour 15 euros en moyenne ne rapportent que 48 centimes au producteur, la part revenant aux personnes qu’il emploie étant encore plus faible.

Conscience locale versus ouverture sur le monde ?

En parcourant ces données avec la perspective du dernier parcours sur l’alimentation, on ne peut s’empêcher de se demander une énième fois comment se fait-il que nous achetions des produits qui viennent de si loin? La question suivante étant : même si nous considérons que l’avenir est à la consommation locale est-il possible de faire l’économie de telles questions ? La réponse est résolument non : on ne peut pas d’un même mouvement vouloir contribuer à une société plus écologique et solidaire et être insensible au sort des personne qui répondent à une demande que nous avons collectivement générée.

Il est vrai qu’un principe de base d’outils comme les monnaies locales qui ont également fait l’objet d’un parcours de l’Université des colibris est de revenir à des réseaux d’approvisionnement plus locaux. Or il est devenu difficile d’aborder ce sujet sans prendre le risque d’un dangereux rapprochement avec l’univers théorique de certains extrêmes.

Pour éviter cela, ne pourrait-on pas souhaiter que les visions du monde de l’altermondialisme et de l’écologie multiplient les ponts entre elles et avancent côte à côte en s’appuyant sur un cadre théorique unifié ? En tous cas une chose est-sûre, plus la mondialisation à outrance d’une part et le dérèglement climatique d’autre part sont documentés, plus il apparaît clairement qu’un retour au local et des échanges mondiaux mieux régulés doivent faire partie de la solution.

Alternatifs de tous bords unissons-nous !

C’est une critique récurrente qui est faite face à l’essor rapide de la bio : il ne faut pas que la focale qui est désormais mise, au sein de la grande distribution, sur les questions environnementales permette de perdre du terrain sur les conditions de production de ce que nous consommons.

Sans aller aussi loin que le Vietnam, nous savons que même au sein de la filière bio, pour des aliments produits plus près de chez nous comme la tomate, on peut trouver, au sein même de l’Union Européenne, des conditions de travail des d’ouvrier agricoles qui relèvent du travail forcé, voire s’apparentent à une forme d’esclavage moderne.

Sans parvenir à apporter une réponse complète à ces questions, on peut toutefois s’appuyer sur la certitude que les propositions nouvelles qui émergent autour de nous, projets de supermarchés collaboratifs, amaps, circuits courts et joyeuses coopératives en tous genres ont de beaux jours devant eux. Et si, sous l’influence de cette transformation les anciens circuits améliorent leurs pratiques, c’est tant mieux !