Il faut se rendre à l’évidence, aborder le sujet de l'alimentation uniquement par le biais intellectuel n'est pas toujours efficace. Soit on prêche à des convaincus qui n’ont pas besoin d’en entendre davantage, soit on aura une adhésion superficielle qui ne résistera pas longtemps à la pratique quotidienne.                 

Gilles Daveau qui intervient dans le parcours Manger sain et pas cher le souligne également : trop de paramètres entrent en jeu pour qu’un discours qui parle en priorité à la raison puisse influencer nos habitudes alimentaires : notre histoire, la tranche de vie que nous traversons, tout ce que nous projetons sur la nourriture (sécurité, affection, bien-être...).  

Mais avons nous seulement pris le temps de comprendre tout ce qu’implique l’acte de se nourrir ?

Dis moi comment tu manges, je te dirai...

Si l’on comptait sur la définition du dictionnaire, on resterait un peu sur sa faim. Dans le Larousse par exemple, on peut lire : Manger (verbe transitif) Absorber un aliment, par opposition à boire.

L’activité humaine en lien avec l’alimentation est souvent réduite au nombre de calories produites nécessaires à nourrir un certain nombre d'humains. Cette vision prend le risque de réduire l’alimentation à un modèle mécaniste dans lequel il faut fournir une matière première pour produire une quantité donnée d’énergie, que le corps utilisera pour travailler et se maintenir en vie (dans cet ordre).

 

 

Dans le même temps le penchant productiviste de la vie moderne, coïncidant avec un héritage ancien de méfiance du corps nous amène à considérer l’alimentation comme une contrainte dont il faut parvenir à se défaire. Il faut manger vite pour pas cher avec un maximum de plaisir immédiat.

Ken Robinson a montré que nos systèmes éducatifs sont le fruit d’une pensée profondément influencée par le schéma industriel. Peut être faudrait-il faire un postulat similaire pour déconstruire notre vision de l’alimentation, qui est bien plus qu’un simple moyen au service d’une fin.

C’est avec de tels raisonnement qu’un être humain en pleine possession de ses moyens physiques et psychiques peut accepter de se nourrir avec de la nourriture en poudre (même si les twittos se sont rapidement saisi de la question en la détournant avec humour), aboutissement logique d’un système de pensée qui voit le fait de se nourrir comme une contrainte et l’homme comme une sorte de robot nécessitant un type de carburant un peu particulier.

Une question de regard

Et si on avait faux sur toute la ligne ?

Pour commencer, quelques repères : même si elles sont en baisse constante depuis plusieurs années, les dépenses liées à l’alimentation représentent 30 à 35% du budget des ménages (si on y ajoute les transports pour aller faire ses courses, l’énergie et les appareils liés à l’alimentation, etc). On sait également que 30 à 40 % de l’ensemble de l’activité humaine est liée à l’alimentation (production agricole, transport de denrées, agroalimentaire, etc).

Mal manger nous expose à des risques de mieux en mieux connus du grand public : surpoids, diabète ou maladies cardio-vasculaires, qui d’après l’OMS sont devenues les premières causes de mortalité dans le monde.

Manger sain, faire à manger c’est d’abord bon pour notre bien être. Plus on prêtera attention à la variété et à la diversité de notre alimentation, plus elle sera susceptible de contenir les micro-nutriments nécessaires au bon fonctionnement de notre cerveau.

De manière plus générale, prendre le temps de cuisiner, c’est aussi pendant un temps de sortir de ses préoccupations du quotidien et se donner un temps pour soi. Les sociologues et les linguistes sont parvenus à mettre en évidence l’importance du temps des repas en famille pour la bonne acquisition du langage et des savoirs comportementaux chez les enfants.

Pour un esprit moderne, qui a intégré de manière inconsciente la séparation de l’homme de la nature, il est presque troublant de constater à quel point ce qui favorise la santé humaine est aussi bénéfique aux écosystèmes. Cela rejoint le concept médiéval selon lequel la santé du roi reflète la santé du royaume et c’est peut être cette idée ancienne qui ressurgit aujourd’hui sur des bases plus scientifique avec le concept de santé unique qui met en avant l’interdépendance de tout ce qui vit, et dont nous humains faisons partie du moins jusqu’à nouvel ordre.

 

A vos agendas !

L'université des colibris propose une nouvelle rencontre inspirante autour du parcours alimentation le 5 septembre prochain à partir de 19h30 à Jardin 21 (Paris 19e).

Le thème : Manger sain pour moi et pour la planète

Entrée libre mais inscription conseillée sur Kawaa.